
Prendre un bon départ
Une image me vient, du temps que j’étais jeune : coureurs, nous étions là sur la ligne, penchés en avant, tous les muscles bandés, prêts à la détente. C’est vrai de l’oraison comme de la course : il importe de prendre un bon départ. Faute de quoi, au bout de cinq minutes on se retrouve tout étonné d’être sur un prie-Dieu : tandis que le corps est venu à la prière, la pensée est restée aux affaires. (Lettre N°9*)

La légende du chevrotin
Le chevrotin porte-musc des montagnes, hanté par un souffle de parfum musqué, s’élance à la poursuite du musc. Le pauvre animal renonce à la nourriture, à la boisson, au sommeil. Il ne sait pas d’où vient l’appel du musc, mais il est contraint de le poursuivre à travers ravins, forêts et collines jusqu’à ce qu’enfin, affamé, harassé, épuisé et marchant au hasard, il glisse de la cime de quelque roche et tombe mortellement brisé, corps et âme. Son dernier acte avant de mourir est d’avoir pitié de lui-même et de se lécher la poitrine…Et voici que sa poche à musc s’est déchirée en tombant sur le rocher et répand son parfum. Il halète profondément, essaie de respirer le parfum, mais il est trop tard. Oh ! mon fils bien-aimé, ne cherche pas au dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et vois, Il sera là. (Lettre N° 84*)
La fable du violon et du violoniste

L’audition s’achève. Les applaudissements éclatent tandis que le rideau tombe. Ils redoublent d’enthousiasme, le violon vient sur le devant de la scène, fait une révérence et, désignant le violoniste timide qui se tient à l’écart, s’adresse au public : « Je souhaite que vos félicitations aillent également à monsieur ; je dois à la vérité de reconnaître que, privé de son concours, je n’aurais pas aussi bien réussi. »
Que de chrétiens me font penser à ce violon ! Pour eux la sainteté, cette sainteté à laquelle ils tendent avec bonne volonté, c’est l’affaire de l’homme avec le concours de Dieu … La sanctification n’est pas l’affaire de l’homme avec le concours de Dieu, mais l’œuvre de Dieu avec le concours de l’homme. Et c’est bien différent. (Lettre N° 12*)
Le drap déployé au soleil

Je voudrais vous gagner à l’idée de réserver chaque jour, toutes occupations cessantes, une demi-heure au moins pour Dieu seul. Ce pourrait bien être pour vous la grande expérience de votre vie. Vous savez, cela change l’existence d’un homme de se rendre chaque jour au rendez-vous de Dieu.
Et si, pendant une demi-heure, vous essayiez de vous entretenir avec lui, ou même tout simplement de vous exposer à son regard comme un drap déployé au soleil ? Je vous assure qu’il se passerait quelque chose. Oh ! rien de spectaculaire. Mais après quelques jours ou quelques semaines, vous remarqueriez du changement en vous : déjà moins d’inquiétude, plus de calme, de meilleurs rapports avec les autres. Très probablement aussi, en profondeur, une certaine joie de vivre. Et, surtout Dieu moins incertain. (L’oraison, jalons sur la route, Parole et Silence, 2006, page 5)
Pitié pour la carpe

Mon oncle Joseph, un passionné de pêche, m’emmena un jour avec lui jusqu’à l’étang.
La chance lui sourit : il attrape une carpe. Il vient la mettre dans le petit panier d’osier à côté de moi. A peine est-il reparti pour de nouveaux exploits que j’ouvre le panier et regarde la pauvre carpe s’agitant avec frénésie. Elle fait peine à voir. Je la prends dans mes mains et vais gentiment la déposer dans l’eau …
Pourquoi te raconter ce vieux souvenir ? Parce que tu m’as demandé de t’apprendre à prier. Tel est mon premier enseignement : prier, c’est se jeter à l’eau, dans cet océan sans rivage qu’est notre grand Dieu. Un jour viendra, et peut-être bientôt, où tu te sentiras comme un poisson dans l’eau à l’heure de la prière. L’homme est fait pour vivre en Dieu comme le poisson dans l’eau. Celui qui ne prie pas est comme la carpe dans le panier : il n’en finit pas de s’agiter dans un monde qui n’est qu’un panier plus grand. (Je voudrais savoir prier, Parole et silence, Juillet 2015, p.38 n°11)
Le jardin aride

Le soleil est torride. Et le potager a triste mine : tout est grillé…Il faudrait une bonne pluie… Ne serait-ce pas aussi ce qui manque à votre âme ? La pluie, cette pluie qu’est la Parole de Dieu : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y remontent pas sans avoir arrosé la terre, l’avoir fécondée et fait germer pour qu’elle donne la semence au semeur et le pain comestible, de même la Parole qui sort de ma bouche ne me revient pas sans résultat, sans avoir fait ce que je voulais et réussi sa mission » (Isaïe 55, 10-11)
Nourri de la Parole de Dieu, tout en vous comme le jardin après la pluie, se remettra à verdir et à croitre. La vie, la vie de Dieu, la vie théologale à nouveau jaillira… (Lettre N°36*)
*Présence à Dieu – Cent Lettres sur la prière, Editions du Feu Nouveau
Sélection des textes par l’Equipe de pilotage des Ecoles d’Oraison END
Illustrations : Jeanne Gavignet (Dijon 35)